Concert à Munster
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Fanny sort de l’oubli

article des DNA du 17 avril 2018

Concert à Munster

Concert à Munster

Quelle merveilleuse idée d’avoir invité Fanny Mendelssohn à l’occasion du 35e anniversaire de la chorale Chanteval, samedi soir, en l’église protestante.

Fanny Mendelssohn est une de ses compositrices fâcheusement oubliées mais dont l’histoire de la musique est si riche, si l’on pense à Clara Schumann l’épouse de Robert, sans oublier Hildegard von Bingen (déjà), Élisabeth Jacquet de la Guerre, Marie-Antoinette, Lili Boulanger et toutes les autres…

Fanny Mendelssohn, véritable alter ego de Félix, son frère bien-aimé. Lui qui aimait à dire qu’elle « est le meilleur de moi ! ». Tellement fort aura été le lien qui les réunissait, deux artistes si lumineux.

Fanny Mendelssohn (1805-1847), de 4 ans l’aînée de Félix. Nom magique, pianiste exceptionnelle, inspirée. Fanny Mendelssohn (plus tard Hensel-Mendelssohn), la voilà mise à l’honneur grâce à cette très talentueuse chorale dirigée de main de maître par Nicolas Husser.

Surprise de taille ! Pensez donc, Fanny ! Le retour, celle qu’on attendait depuis si longtemps. Et les voilà réunis, le temps d’un soir, Fanny et Félix, au-delà de la mort puisque plusieurs chants alternaient, tantôt de Fanny, tantôt de Félix, tels que Hörst du nicht die Bäume rauschen ? (Fanny), Im Walde (Félix), Schöne Freunde (Fanny), Morgen Gebet (Félix)…

Après une vie heureuse, Fanny meurt en 1847. Une mort subite lors d’une répétition, aussi subite que celle de son père, de sa mère (musicienne également). Aussi subite, celle de son cher Félix quelques mois plus tard, lui aussi, assis devant son piano. Lui qui avait dédié à sa soeur décédée son quatuor en Fa majeur.

Puis, dans un registre plus contemporain, les choristes ont excellemment interprété deux chants d’un classicisme pourtant réconfortant, de Morten Lauridsen né en 1943 : De ton rêve trop plein et Dirait-on. Deux titres d’une harmonie légère et colorée, suivis de cinq chants d’amour hébraïques d’Eric Whitacre (né en 1970), quête d’équilibre, de compréhension entre les êtres, d’empathie. Une première partie se terminant par le surprenant et aérien Little Birds, ces petits oiseaux s’envolant dans l’air printanier vers les cieux louant Dieu (et pourquoi pas) de leur avoir garanti cette éternelle liberté qui manque si cruellement aux hommes.

Profondeur d’interprétation

La seconde partie fut entièrement consacrée à deux oeuvres d’Ola Gjeilo (né en 1978), compositeur norvégien, qui mena la centaine d’auditeurs vers des mondes résolument plus modernes mais sans jamais choquer. Deux oeuvres difficiles, rares, qui ont suscité l’émerveillement, l’admiration de par leur profondeur d’expression et la qualité de leur interprétation.

Musique d’une grande spiritualité, issue de la plume d’un musicien manifestement à la recherche d’un langage nouveau d’affirmation de la foi, du questionnement des choses essentielles de la vie, la mort, de l’âme en souffrance.

« Vous êtes entrés dans une phase que les anciens appelaient la nuit obscure de l’âme », dit le texte de Dark Night of the Soul. « Le but de la nuit obscure de l’âme est de vous confronter à vos plus grandes peurs et de les guérir ».

Conclusion de ce beau concert, renvoyant l’assemblée dans l’obscurité entre-temps tombée sur la ville, mais en illuminant d’une paix intérieure les âmes, après la frénésie trop bruyante d’un samedi ordinaire, et après avoir eu la chance d’avoir pu bénéficier d’un concert riche, apaisant, d’une grande qualité. Concert accompagné parfaitement par Geneviève Philipp.


Voir l’album-photo du concert.

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